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    Festival International du Film Politique de Carcassonne – Compte-rendu n°3

    Lucile Bellan 16 décembre 2019
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    Cette deuxième édition se termine ici, et l’engagement vu sur grand écran transparaît aussi dans les travées de ce si beau festival.

    Chaque jour qui passe, je suis de plus en plus impressionnée par l’enthousiasme, le calme et le professionnalisme de l’équipe du festival qui gère la pression d’organiser un festival (d’abord)  dans la situation particulière que sont les mouvements sociaux qui bousculent la France en ce mois de décembre. Tout le monde comprend et soutien la grève et apporte des solutions pour que le public puissent venir toujours plus nombreux à découvrir ou questionner le monde avec la sélection de films politiques que propose le festival.

    Ce jeudi, la journée de cinéma commence pour moi avec la projection du documentaire, présenté hors compétition, FilmmakErs de Julie Gayet (photo) sur les femmes réalisatrices de cinéma du monde entier. La productrice et réalisatrice française a interviewé ces artistes pour qu’elles partagent leurs difficultés qu’elles ont pu avoir pour exercer ce métier ou encore leur façon de gérer leur féminité et leur maternité ou choix de non-maternité. Le film est un document réjouissant, où la force, le courage et même le talent des réalisatrices interviewées transpirent visiblement. C’est un message d’espoir pour l’avenir. Il y a bien une place pour les femmes derrière la caméra. Et à l’avenir, on verra de plus en plus de femmes proposer leur cinéma au public.

    Face au public, Julie Gayet a évoqué l’initiative 50/50 qui s’est fait remarquer les deux derniers festivals de Cannes. L’organisation milite pour plus de représentation des femmes dans les sélection et les jury des différentes compétitions.

    Le film suivant, le documentaire La cravate d’Etienne Chaillou et Mathias Théry suit le parcours d’un militant du Rassemblement National pendant la campagne électorale  de 2017. Du tractage sur les marchés à la rencontre avec Florian Philippot en passant par un meeting lillois de Marine Le Pen, le jeune homme rêve d’une place au sein du parti, s’engage, se dévoile face à la caméra et partage son parcours. L’objet est singulier, honnête sur sa subjectivité et grâce à des choix osés, d’écriture et de réalisation, immerge le spectateur dans le processus même de composition du documentaire. Certains dans la salle ont eu du mal à appréhender la façon dont le militant suscitait naturellement l’empathie malgré son engagement politique, son histoire violente et ses convictions racistes. Il n’est pourtant pas question ici de participer à la « dédiabolisation » du parti d’extrême droite mais bien de présenter les mécanismes de ce mode de pensée et l’ambivalence parfois crée par ce type de personnage. « Il y a des dictateurs qui sont très sympas dans la vie », a commenté le réalisateur.

    Après le traditionnel généreux buffet, composé des différentes spécialités locales, La soirée s’est terminée avec la présentation du documentaire Zero Impunity de Stéphane Huber-Blies et Nicolas Blies. Le film suit la campagne #ZeroImpunity qui dénonce les crimes sexuels en zones de guerre ou à risques. Zero Impunity revient avec force, à travers des témoignages et interviews en animation, sur les différents visages de ces crimes : de l’armée américaine qui a commis des abus sexuels sur les personnes emprisonnées à Guantanamo aux soldats français qui profitent d’une prostitution imposées sur des femmes et enfants dans des zones de conflits en Afrique en passant par les abus sexuels commis en Syrie ou en Ukraine comme moyen de pression sur les populations locales. Le film dénonce surtout le manque de courage et d’engagement de l’ONU et des différents états concernés. La projection a laissé la salle en état de choc en partageant un discours aussi violent que nécessaire. C’est au public de ne plus fermer les yeux sur ces abus pour permettre que la parole et la souffrance des victimes soient enfin audibles et reconnues.

    Le festival se termine ici pour moi, pour des raisons personnelles. Mais je réserve désormais cette semaine de décembre dans mon calendrier pour l’année prochaine. Le festival du film de Carcassonne est conduit avec passion et cœur et son engagement est salutaire. On ne peut et ne doit plus ignorer le rendez-vous. De grandes et belles choses se passent à Carcassonne au mois de décembre.

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